Communiqué en course n°12
Bateau village

Je vous avais laissé mercredi à l’entrée du pot au noir, Laurence naviguant aux alentours de la 20ème place et du 8ème degré nord, bord à bord avec ses copines de classe, Bénédicte et Véronique. 3 jours plus tard, avec une moyenne de 3,5 nœuds (!) et beaucoup de ronds, départs à 90° de la route, croisements et autres tergiversations, Laurence conserve sa 19ème place, intercalée entre Béné devant à 6 milles et Véro derrière à 12 milles. Elle est aussi légèrement décalée vers l’Est, ce qui peut lui permettre d’attraper le retour du vent à la sortie du pot au noir avant les autres (peut-être), et d’être sur une allure légèrement plus abattue pour aller vers le Brésil, ce qui s’appelle privilégier le rapport cap / vitesse et donc d’aller plus vite (théoriquement). Et pour finir le cours de navigation, le premier en série est en train de passer l’équateur, à 250 milles devant Laurence, soit environ 2 jours de nav’ pour elle si le vent revient comme promis. Ceci lui permettrait de passer sous la barre des 1000 milles avant Bahia, avec une arrivée théorique potentielle pour le lundi 29 octobre ! J’arrête maintenant les considérations marines et techniques hautement philosophiques et très personnelles qui n’engagent que moi pour vous parler de la vie de notre ministe préférée … Attention, si vous vouliez vous remonter le moral en baisse avec l’arrivée de l’hiver, il faudra attendre le prochain communiqué, parce que là, j’ai un peu gambergé dans le grisounet … La galère du pot au noir est quasiment derrière, et s’évanouit sous leurs étraves au fil des heures qui passent. Même si celui-ci aura été plus clément avec le milieu de la flotte que la tête, les longues journées de scotch sous les rincées ont dû être très dures à vivre, à patienter, pour ne rien casser à bord, à cause d’une rafale mal anticipée qui met le spi dans l’eau ou d’un énervement mal contrôlé qui se termine par un coup de manivelle peu conforme au sens marin mais plus soulageant sans doute. On compte sur la tribu embarquée par Laurence pour lui soutenir le moral, à défaut de pouvoir appeler maman ou sa sœur jumelle préférée au secours. Je vous présente de gauche à droite, accrochés corps et âmes à un bout scotché au plafond : Barbidule, le barbapapa bleu assorti à la coque, offert par maman, sourire jusqu’aux oreilles, souvenir de nos lectures enfantines. Positionné en pied de mat et veillant sur l’électronique du bord, l’Elfe et son air de lutin, rappelle que la vie n’est pas sérieuse et qu’un peu de magie n’est jamais loin, quand il s’agit de s’endormir en oubliant que l’on se trouve au beau milieu de l’océan, et pas sous la couette annecienne ou dans un duvet à 4000m d’altitude. Et pour finir, pendue par le cou, la vache Marguerite lui rappelle peut-être ses origines semi paysannes, même si à l’instant elles se trouvent enfouies sous quelques litres d’eau salée … A moins que Marguerite ne lui permette de s’arracher un peu plus vite et plus fort, motivée par l’envie d’un bon steak …

Mais maintenant que le pot au noir est presque derrière, les prochaines grandes étapes en vue sont le fameux passage de l’équateur, normalement fêté avec la bouteille de cidre embarquée à La Rochelle, à moins que celle-ci n’est servie à arroser le passage aux 35 ans … Et oui, ceux-ci sont passés, en solitaire, un moment très particulier pour la skipette, qui avait de nombreuses lettres et cartes à ouvrir en ce jour si fort. Nul doute que les larmes ont dû passer par là, et que tous les messages laissés sur son mail lui rappelleront dès son retour sur terre combien nous avons tous pensé à elle ce mardi 16 octobre. Et le petit message passé par l’un des bateaux accompagnateurs (« Elle a hésité à faire demi-tour pour réparer sur Mindelo mais elle a dit que si elle s’arrêtait, elle ne repartirait pas et a préféré continuer... ») laisse à penser que la vie à bord et en solitaire ne doit pas être facile. On connaît en effet Laurence costaud dans la tête, et ayant déjà affronté de sérieuses difficultés que ce soit en mer ou en montagne. Elle est capable de ne pas céder à la panique, se maîtriser, et prendre les bonnes décisions pour assurer sa sécurité mais aussi celles de ceux qui sont embarqués avec elle dans la galère. Mais là, « l’ennemi » est plus traître : la solitude est une situation peu habituelle pour elle, qui fait gamberger, qui rend la nuit plus noire, le temps restant à naviguer toujours plus interminable, le vent plus portant pour les autres, le moment d’aller se coucher plus stressant, les pâtes à la carbonara moins goûteuses, les boutons sur les fesses plus irritants, la chanson qu’on adore plus lassante, et les sourires de Barbidule un peu figés. Et comment se remettre dans le bon chemin, oublier la solitude, alors que les voisins doivent souffrir le même mal, et pour certains l’exprimer à longueur de journée ou nuit sur la VHF malheureusement (dans ces moments-là) à portée ? Alors qu’il reste 1215 milles avant de pouvoir prendre une vraie douche, manger un vrai repas, lire les encouragement de tous, se rendre compte du suivi et des attentions dont on a été l’objet pendant ces si longues semaines. Là où nos journées passent à la vitesse de l’éclair, juste le temps de travailler, pas le temps de glisser un footing ou les courses au supermarché, déjà il fait nuit, déjà on est demain, déjà on consulte le site web pour savoir combien de milles ont été parcourus, on commente, on analyse, on critique parfois. Et pendant ce temps-là, elle ne compte pas en jour mais en heure, avec le rythme de la prise météo et des vacations avec les bateaux accompagnateurs, voire en minute quand il s’agit de fractionner les sommeils en les limitant à 20mn maximum, temps d’approche des cargos sur les minis, qui obligent à jeter un coup d’œil circulaire, même épuisé, entre 2 siestes. C’est long, 3 semaines de minutes … Allez Lolo, accroche-toi, la sortie du pot au noir est juste devant, les 1000 milles de Bahia juste après, la bascule dans l’hémisphère à un coup de rame plus loin, et il ne restera plus (!) que la longue descente dans l’alizé brésilien qui apporte la délivrance de l’arrivée. Il n’y a pas de grande aventure sans souffrance, physique ou morale, et cette mini transat délivrera ses récompenses à l’arrivée, voire bien après, dans quelques mois, au coin du feu ou là-haut dans la montagne. En attendant, la difficile décision de s’accrocher au passage du Cap Vert est derrière, et l’orientation du vent ne permet de toute façon plus que d’avancer, naviguer vers le sud, vers la chaleur, vers Bahia. Courage Lolo, on y sera juste avant toi (attention à ne pas aller trop vite … !), et le Brésil va nous permettre de fêter l’évènement à la hauteur de l’aventure et de ses difficultés surmontées. Courage Lolo, ton premier objectif sur cette course
était d’aller au bout, et tu es sur le bon chemin !

Bon vent à tous, et énorme bise à Laurence, à travers les mers, portée par les vagues et le vent, de la part de tous ceux qui te suivent !

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