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Open Demi-Clé 2006
Bateau village

 

La dernière régate de la saison est terminée, l'occasion de faire avec Lolo un petit bilan, de cette dernière course, de la saison, de ses envies quant à l'année prochaine, avec la mini transat en point de mire... Encore et toujours ?

La dernière régate de la saison a été un succès au niveau du résultat, et donc une nouvelle étape dans l'aventure ministe. Comment se vivent une 3ème place sur le podium et une victoire sur la dernière étape, comment on gère les courses en tête, découverte ?

"En fait, le résultat le soir à la remise des prix importe peu, et je crois que je ne pensais déjà plus au fait d'avoir gagné l'étape, ou même fait 3ème au général. J'ai un peu plus réalisé après, et encore. Par contre, sur l'eau, et tant que la ligne n'était pas passé, là, oui, j'y ai (on y a) pensé souvent. Pas à la première étape. Mais déjà à la deuxième, quand on menait à land's end (pointe de l'Angleterre), avec seulement les hollandais (589), on se voyait bien faire le trou sur cette 2ème étape, ce qui nous aurait permis de nous mettre bien à l'abri pour la suite. Et on y croyait. Je faisais tout le temps plein de calculs dans ma tête, et je réfléchissais si c'était possible de nous faire rattraper. Et je pensais bien que non. Et bien si ! Du coup, on finit la 2ème étape en réalisant qu'on a raté le jackpot, mais en prenant aussi conscience qu'en voile, surtout avec la pétole, rien n'est jamais fait jusqu'à la ligne d'arrivée. Donc pour la 3ème manche, on part assez humble vu les belles manches qu'on a fait sans concrétiser, tout en se disant que tout est possible, le pire comme le meilleur, vu les quelques minutes qui séparent les 5 premiers... Et c'est marrant, parce que même si c'est la première fois que je navigue avec ces positions de leader, ça ne m'a pas étonné. Par contre, côté navigation, ça change énormément la donne, avec une tactique plus basée sur le contrôle, le "pas d'erreur sinon c'est mort", le "on dormira plus tard, pour l'instant, on a une course à gagner"... Et ça, c'est autrement plus difficile à gérer, plus fatiguant, et ça demande beaucoup plus d'engagement. Mais je crois que j'apprécie... Quant à l'arrivée de la 3ème étape, comme d'habitude, rien n'était fait jusqu'à la fin. 12 heures avant, on est quasi sûr qu'Elodie (460) va gagner largement devant les autres, empochant dans la foulée la 1ère place au général, et qu'on a suffisamment d'avance sur les autres pour imaginer la 3ème, voire la 2ème place. Bilan, quelques heures de pétole plus tard, et les poursuivants revenant avec le vent, on arrache à Elodie la victoire d'étape, mais on ne grappille que quelques minutes sur Cédric (477). Donc jusqu'à la dernière seconde sur l'eau, on n'a que le classement en tête, et une fois passée la ligne d'arrivée et les comptes faits, on oublie tout de suite le résultat pour se souvenir de la course dans sa globalité. Et féliciter les copains !"

Et puis la question piège : hasard, juste reconnaissance, possibilité de se maintenir à ce niveau ou de ré-itérer l'exploit ? :

"Je vais plutôt parler de différences, que de progrès pur, ce qui veut dire que c'est largement reproductible. - 1ère différence: l'équipier. Jeune voileux de 22 ans, Charlie vient tout juste de finir ses études en architecture naval en Angleterre. Naviguant depuis sa plus tendre enfance, il s'est très vite habitué au bateau, tout en acceptant mon savoir-faire peu orthodoxe par moment, mais en sachant utiliser à bon escient nos différences et mon approche moins conventionnelle, mais parfois tout aussi efficace. D'où un mélange des genres parfois détonants, par exemple quand il me demandait les "targets" du bateau, et que je lui répondait que je n'en savais rien, ou quand je lui ordonnais d'aller dormir, plutôt que de s'épuiser sur le pont dans les moments plus propices à la récupération. Mais pour résumé, on était hyper complémentaire et on s'est beaucoup appris l'un l'autre. - 2èmedifférence: la bataille. En regardant les autres concurrents, et en ayant plus confiance dans mes capacités, je me suis dit qu'on pouvait vraiment réaliser quelque chose dans cette course. En comparaison, au mini fastnet, je visais la 15ème place. Là, ça nous faisait partir avec un tout autre état d'esprit, plus combatif, et qui a payé. - 3ème différence: le bateau. Celle-ci est aussi liée à Charlie. Régatier depuis de nombreuses années sur différents supports, notamment en équipage de haut niveau, il s'est attaqué à optimiser mon bateau, et a ainsi augmenté son potentiel. Notamment un réglage amélioré du gréement (mat, voiles) nous a permis de gagner en vitesse pure, ce qui est important et appréciable quand on navigue au contact avec les autres. De même, pour tout ce qui est poids dans le bateau, répartition des charges, évolution des manœuvres, tout a été revu de près, et amélioré. D'où des performances élevées. Tout cela n'a pas été bien sûr sans sacrifices, notamment sur mon oreiller, éjecté sans compromis du bateau. A la fois, vu ce qu'on a dormi... Et comme j'ai tout de même sauvé le pot de nutella, ça ne s'est pas avéré trop grave !"

Et cette régate, 3 étapes, des allers-retours entre les côtes bretonnes nord et sud, et les côtes anglaises. De nombreux milles avalés (dévorés), mais aussi des paysages, des images en souvenir, des impressions ? Certains se sont plaints de manquer de cigarette en cours d'étape, à cause du manque de vent et donc de l'étirement de la durée des étapes, quel était l'état d'esprit à bord ?

"Le bilan global a été assez pétoleux (ce qui signifie sans trop de vent). Cela nous a particulièrement réussi puisque nous mettions à profit ces périodes fatigantes et stressantes (quand il faut voir le moindre souffle d'air afin d'en profiter quand les autres restent scotchés) pour prendre un peu d'avance, et surtout un ascendant psychologique. De même, les nuits nous étaient favorables, probablement parce que nous dormions très peu, essayant de récupérer tant bien que mal les trop rares fois où cela ne portait pas préjudice aux performances du bateau. Au niveau tactique, nous avons fait peu d'erreur, ce qui est toujours agréable, et à la fois obligatoire quand on joue dans le trio de tête. Une mauvaise décision coûte cher, et est longue à rattraper avec ces bateaux tous équivalents. Les escales n'avaient pour but que de récupérer un maximum, afin d'être au top pour l'étape suivante. Refaire le plein de sommeil, de nourriture et d'eau, réparer 2-3 détails repérés dans l'étape précédente, préparer la navigation avec minutie, particulièrement au vu de tous les cailloux jalonnant le parcours, et surtout conserver la motivation de s'arracher milles après milles, afin de fournir le maximum sur l'eau. Coté bouffe: le minimum, pour une question de poids, mais aussi de temps à y consacrer. Bilan, quelques kilos en moins, et un monumental steak frites en rentrant, lassés des biscuits, crêpes et autres palliatifs à nos dîners légers. . Côté sommeil: là encore le minimum. Des nuits à 20 minutes, notamment dans les deux étapes "courtes" (de 48 heures tout de même), mais également dans les premières 24 heures de chaque étape, et les dernières 24 heures aussi... Faites le compte, il en manque... Conclusion, grosse grosse fatigue en arrivant. Mais utile ! Mais il faut aussi apprendre à bien gérer son sommeil, car il ne faut pas être trop en manque au moment des décisions importantes ou pour une manœuvre délicate. Sur ce point, je pense que nous avons moins dormi que les autres, mais que cela s'est révélé efficace. A mon grand dam d'ailleurs... Coté frittage: inévitable, bien que nouveau pour moi. En fait, entre la pression du classement et la fatigue, on se retrouve vite à reporter la faute sur l'autre, et le ton monte un peu. Visiblement, c'est pareil sur quasiment tous les bateaux. Mais on a toujours su calmer le jeu, et surtout, on est resté très conscient jusqu'au bout que c'est justement notre alliance et nos différences qui allaient nous aider. Donc le mot d'ordre était et est resté: " soudés jusqu'au bout, pour le meilleur comme pour le pire ". Ça fait un peu "équipe de foot", mais le fait est que ça a marché. Avec un vraiment chouette partage humain. Coté paysages : en fait, vu les conditions météos plus que clémentes, c'était vraiment tranquille. Un peu froid les nuits, mais pas toutes, et beau la journée sauf dans le brouillard. Mais comme on était à fond dans la course, j'ai pour une fois peu profité des paysages, notamment au passage de lundy island, où tout occupé à gratter et garder la première place série, nous n'avons fait aucune photo, alors que nous avons effectué tout le tour de l'île, et que c'est un endroit superbe. Ceci dit, nous n'avons pas échappé aux innombrables dauphins, à des moments magiques, sous spi, avec la lune et la musique... Mais je n'en dirais pas plus, je pourrais faire des jaloux..."

L'heure du bilan a sonné, on range le bateau, le matériel, on dit au revoir aux copains, on commence la liste de la suite, on se souvient ...

"Très contente, épuisée, gros zappage aussi par moments. A fond dedans, en fait. Quand on est devant, on n'a qu'une envie, c'est que ça se termine (voir les 60 secondes nous séparant du second à l'arrivée à Locmiquelic). Alors que quand on est 5ème, on voudrait avoir encore des milles et des milles, pour passer devant. Par contre, c'est la première fois qu'une étape de 48 heures (Locmiquelic-Brest) me paraît aussi longue. Mais probablement que d'en vivre environ 43 heures sur le pont revient à plus que seulement 2 jours de mer... Le bilan de la saison est pour moi très positif. Mais il me reste tout de même mon parcours de qualification solo hors course à faire en Août. Moins de pression de classement, mais tout autant d'engagement mental, pour une navigation de 10-15 jours que personne ne trouve aisée. Une belle préparation pour la transat de l'an prochain, avec sa 2ème étape de plus de 20 jours... Côte courses, c'est sûr que j'ai hâte d'être à l'an prochain. A la fois, j'ai maintenant une belle liste de choses à travailler, à améliorer, à réfléchir, pour pouvoir être encore plus performante, et me faire encore plus plaisir si c'est possible."

Et dans l'immédiat ?

Tout ce programme va cependant démarrer par quelques jours de ressourcement en montagne, " l'autre " terrain de jeu, afin de revenir à bloc en Août, reposée, et avec une grosse envie de naviguer, seule sur mon beau bateau. Et probablement cette fois-ci ramener plein de photos........."

Suite au prochain épisode !