Mini Fastnet 2006
coque bateau

Dimanche 04 juin - 9h30

Briefing : " Bon, c'est anticyclonique jusqu'à Mardi. Ca devrait quand même donner de la droite, surtout si la bulle part nord-est. Par contre, si elle stagne, il vaut mieux tenter la cuillère. Il faudra peut-être mouiller dans le chenal du four. Après les Scilly, n'oubliez pas l'aile de mouette. Attention, pas trop sud quand même. Au fastnet, ça fera sûrement passage à niveau. Prudence… Quant à la descente, on sait pas grand-chose, peut-être de l'air, mais sûrement direct ! ". Sur ces bonnes paroles, claires et précises (…), démarre l'édition 2006 du mini fastnet. Seule certitude, cela peut être long, très long, par manque de vent, et Manuel préfère compléter in extremis l'avitaillement, considéré comme " léger ", de quelques spécialités bretonnes. Et tant pis pour la chasse au poids, choix stratégique laissant parfois les ministes sur leur faim, au premier sens du terme !

Dimanche 04 juin - 12h36

Ca y est, le coup de canon a retenti, libérant les 96 minis sur ce long périple. Après une montée plein nord jusqu'aux îles Scilly, via le redoutable passage du four entre Brest et Ouessant, nous tournons à gauche pour une longue diagonale nord-ouest jusqu'au phare du Fastnet, le long des côtes irlandaises, avant de prendre plein sud pour 300 milles et le retour à Douarnenez. 5 lignes de description pour une navigation qui durera au final 6 jours et demi…

Lundi 05 juin - 2h24

La nuit est calme. Depuis le départ, nous naviguons au contact avec d'autres bateaux, ce qui permet de nous caler sur les petites lumières qui nous entourent, en essayant d'en dépasser un maximum. Pas facile… L'objectif de cette première nuit est de bien se mettre dans le rythme. Dormir par tranches d'une heure ou deux, de jour comme de nuit, s'alimenter de façon équilibrée, sachant que le seul matériel de cuisine dont nous disposons est une bouilloire. Et puis gérer le froid, l'humidité, le sel, mais aussi parfois la chaleur ou le manque de vent. N' oubliez pas l'écoute des bulletins météos, la réflexion et la tactique, ajoutez une pincée de réglages du bateau, et surtout barrez pendant des heures et des heures, et vous aurez une idée assez précise de notre planning de " vacances "…

Lundi 05 juin - 20h05

Passage à niveaux. Le terme est technique, le procédé est simple : le vent décide de faiblir en fin de journée, au niveau des Scilly. Du coup, les 10 bateaux qui nous précède enroulent tranquillement la marque de parcours et filent, tandis que nous nous retrouvons à une quinzaine de minis à peiner pour passer les îles, jouant avec les courants et les cailloux pour ne pas perdre une place. Bilan : le quart d'heure d'écart est devenu une heure et demie de retard. Dur pour les nerfs…

Mardi 06 juin - 14h03

Le vent faiblit de plus en plus. Nous nous félicitons de notre option sud, imaginant aisément nos adversaires scotchés dans la pétole pendant que nous avançons tout doucement vers le Fastnet. Sans savoir que le pire reste à venir : des bulles sans vent savamment disposées sur notre route n'attendent que la nuit pour apparaître. Résultat : 12 heures pour faire 30 milles, soit une moyenne de 5km/h. Arghhhhhhhhhhh.

Mercredi 07 juin - 15h

Cet après-midi, nous entendons les premiers passages au Fastnet. Rapide calcul : on a pris 14 heures de retard sur certains de nos voisins des Scilly. Rude constat ! Mais c'est cela aussi la course : admettre de perdre sur une option, ne pas baisser les bras, et continuer à se bagarrer jusqu'au bout, avec toujours des adversaires à portée d'étrave.

Jeudi 08 juin - 05h

Le vent s'est stabilisé depuis deux heures. Nuit étoilée, mer plate, température correcte, musique dans les oreilles, je file enfin droit sur le phare du Fastnet, qui nous nargue depuis un bon moment. A 05h12, nous enroulons enfin le " caillou ", énorme et surplombant à passer " un peu " près, et fonçons plein sud vers la ligne d'arrivée. Après tout, il ne reste " que " 300 milles à parcourir, et quelques crêpes à engloutir.

Jeudi 08 juin - 23h

Les jours se suivent… et ne se ressemblent pas. Capuche du ciré rabattue sur les oreilles, je tente d'entendre ma musique au milieu du vacarme du vent. Voilure réduite, vagues très grosses et surtout raides et désordonnées, le bateau tape et cogne méchamment dans la mer, les embruns, passant par-dessus le mini, nous recouvrant toutes les trois minutes environ. Ce soir, le menu sera simple : biscuits en entrée, biscuits en plat principal, et surtout biscuits en dessert, toute tentative de cuisine étant à effacer de nos esprits…

Vendredi 09 juin - 20h07

Le vent s'est enfin calmé, information confirmée par la météo qui vient à l'instant de nous annoncer de bons calmes à venir. Ca ne finira donc jamais ? Au moins, le plaisir recouvre ses droits, on peut ranger le ciré, et imaginer une bonne " purée-vache qui rie ". Que du bonheur… Et comme l'avitaillement a été grandiose, nous avons même droit à une compote chacun en dessert. Quel festin !

Samedi 10 juin - 19h

La ligne d'arrivée se profile à l'horizon. Nous savons notre classement moyen, suite à notre option sud du milieu de course. Malgré de gros efforts ces derniers jours qui nous ont permis de doubler 5-6 bateaux, la sanction est irrémédiable ! Mais les derniers bords à 8 nœuds dans la baie, après 6 jours et demi de course, ont le goût du plaisir et de beaux souvenirs.

Et après quelques heures de repos, une bonne douche, et un repas grandement mérité, je sais que l'envie de repartir sera forte. Vivement la prochaine course (open demi-clé), avec ses multiples options possibles, bien décidée à en découdre, et la volonté de mieux faire…

Suite au prochain épisode !